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lundi 24 septembre 2012

avril 2012: Les fausses promesses de la méthode Toyota



Dossier complet et très intéressant qui encore une fois, décortique les grands principes du Lean, avant de montrer quelles sont les conséquences de ce modèle sur les conditions de travail. Les auteurs s'attardent particulièrement sur l'idée de perte de marge de manoeuvre des salariés, comme quoi les employés qui ont toujours supporté les imprévus dans le travail n'ont plus le temps de le faire alors que ces imprévus même sont niés par un modèle qui croit pouvoir tout standardiser, tout prévoir. Le Lean, tout en soutenant reposer sur la participation des employés, tue en fait la créativité que ces derniers démontraient au quotidien.

 

 

Petit extrait audio de 4 minutes. Philippe Duport, journaliste en questions du travail, questionne Stéphane Vincent, éditeur de la revue française Santé et Travail, sur le dossier spécial consacré aux Fausses Promesses de la méthode Toyota.

dimanche 23 septembre 2012

11 janvier 2009: Stress, surmenage, la mort en silence de milliers de travailleurs japonais


Lire l'article de l'AFP



La productivité japonaise nous est vantée depuis des décennies. Seulement, elle a un revers. Le portrait du monde du travail au Japon, un monde de performances extrêmes et de souffrance, est plus que troublant. Dire qu'en appliquant la méthode Toyota nous verrons apparaître ici des milliers de morts par surtravail serait un raccourci rapide et malhonnête. Il faut se pencher sur la culture japonaise et plus particulièrement sur leur rapport au travail pour comprendre ce surmenage sans issue. Au Japon, l'individu est appelé à se sacrifier pour la collectivité. C'est en étudiant cette réalité et l'histoire du pays que l'on peut comprendre les concepts piliers de la philosophie Lean. Le Japon possède une culture et une histoire des plus riches, mais nous sommes tout à fait en droit de nous inquiéter de voir leurs méthodes et leur philosophie de travail s'implanter ici. L'usine Toyota est d'ailleurs un exemple flagrant de comment l'entreprise cherche à contrôler la totalité de la vie de l'individu. Dans Toyota, l'Usine du désespoir, écrit en 1973, l'auteur décrit la relation de dépendance entre les employés et l'entreprise. Locataires dans des buildings surveillés appartenant à l'usine, ils sacrifient une autre partie de leur salaire pour les mauvais repas servis chez Toyota et tentent d'économiser pour s'acheter la voiture de leur rêve; celle qu'ils s'épuisent à fabriquer. Le documentaire Toyota City réalisé en 2011 nous montre une réalité aujourd'hui identique, où l'usine possède et contrôle presque tous les services de la ville. «Toyota contrôle notre vie quotidienne. On nous explique comment nous conduire dans la vie, comment faire du sport, on nous traite comme des enfants. Mais on dépend tellement de Toyota que personne n'ose en dire du mal. » livre un jeune cadre.

Dans un tel contexte, la critique devient impossible, voire dangereuse. Les deux auteurs du documentaire, Léna Mauger et Stéphane Remael, n'ont pas pu filmer à l'intérieur des usines Toyota et ont eu du mal à convaincre des habitants de Toyota City de participer à leur film. « Il est très difficile de faire parler les employés de la firme, et les habitants de Toyota City en général. Ils ont peur d’être écoutés, entendus, observés par cette entreprise qui contrôle l’économie de la ville. »


Écouter le documentaire Toyota City de Léna Mauger, et Stéphane Remael sur France5.fr

Juillet 2011: La méthode «Lean», le retour du pire du travail à la chaîne




Cet article s'attarde surtout à l'implantation du Lean dans les usines en France. Les travailleurs disent faire de plus en plus de gestes répétitifs alors qu'auparavant leurs tâches étaient diversifiées. Les ergonomes du travail soutiennent qu'imposer un tel travail est mal connaître l'homme. Déjà, il risque de se blesser. Et les déplacements qu'on tente de réduire au minimum sont en fait des moments où le travailleur a quelques secondes pour dégourdir ses muscles, être en contact avec ses collègues et réfléchir aux prochaines étapes. En tentant de compresser le travail à l'extrême, on crée autant de problèmes qu'on en élimine.

«Appliquée ainsi, la méthode ne peut faire gagner de la productivité que pendant quelques mois. Ensuite, les troubles musculosquelettiques, les arrêts maladie et la démotivation gagnent les salariés. Toyota, Renault, ou encore Atos ont connu de tels ravages. »

Par rapport au Lean appliqué au service à la clientèle, les ergonomes du travail expliquent qu'en tentant de tout réduire à une liste de procédures, on étouffe la capacité des salariés à régler les problèmes au cas par cas en usant de leur propre logique.

«On empêche les salariés de faire du travail bien fait. Ils doivent suivre la procédure alors qu’ils savent que, parfois, cela va nuire à la qualité du service qu’ils vont produire pour un client. C’est une négation complète de l’identité professionnelle, qui est basée sur la capacité de l’employé à anticiper ou à résoudre les cas particuliers [...] On les empêche de se développer, de se démarquer socialement dans l’entreprise, de collaborer. Le travail, sous cette forme, rend les gens malades.»

Note: Les ergonomes du travail observent le travail dans les entreprises et proposent des changements de façon à préserver la santé des employés et améliorer l'efficacité. C'est une spécialité plus intégrée au monde du travail en France.

29 mars 2010: 'Toyota Man' image taking a hit




Le 'Toyota Man' est le produit du Toyota Way, la philosophie de gestion à l'origine du succès économique de l'entreprise. Le 'Toyota Man' travaille de longues heures, fait du temps supplémentaire non payé et remplit des rapports de qualité pendant ses temps libres. Bref, il se sacrifie pour l'entreprise.

«For the Toyota Man, the demands involve following rigid military-style rules that teach workers to sacrifice individuality for the good of the group. The guidelines dictate nearly every facet of employees' day — how they turn corners while walking on company property, where they eat their lunch and even how they conduct themselves at home. »

Un professeur de gestion japonais, Masaki Saruta, accuse l'entreprise Toyota d'opérer une culture de contrôle et met en garde les usines qui désirent copier ses méthodes. Si la compagnie dit seulement posséder quelques règles comme toutes les entreprises, le professeur n'a pas peur d'évoquer une discipline militaire, Toyota arrivant en définitive à modeler le comportement de ses employés autant au travail qu'à la maison. L'article évoque la situation de Toyota City, la ville qui vit au rythme de l'usine. Ce que Toyota défend comme une contribution à la société est plutôt perçu comme de l'ingérence. À Toyota City, tout est relié à Toyota et plusieurs employés siègent au conseil de ville. À l'école secondaire, les étudiants apprennent à opérer une chaîne de production à la manière Toyota. L'usine crée déjà sa future génération de 'Toyota Men'.