lundi 24 septembre 2012

3 août 2012: Réduction du temps d'attente à l'hôpital de Verdun : les heures supplémentaires y sont pour beaucoup

 



Article en réponse à une annonce à l'effet que la méthode Lean avait miraculeusement à elle seule fait disparaître des listes d’attentes immenses en radiologie à l'hôpital de Verdun. Ce court texte se veut une rectification par l’APTS qui soutient que la réduction des listes d’attente est attribuable entre autre aux nombreuses heures supplémentaires du personnel et qu’il ne faut pas être trop optimiste face à cette méthode. La représentante de l’Alliance Caroline Simoneau mentionne aussi que la liste d’attente s’est allongée de nouveau depuis cet été.

La dernière phrase : « La direction et les syndicats reconnaissent aussi que la méthode Lean a amélioré la situation et veulent continuer à l'explorer.»  démontre l’ambivalence des syndicats et le manque de critique claire sur la méthode Lean.


avril 2012: Les fausses promesses de la méthode Toyota



Dossier complet et très intéressant qui encore une fois, décortique les grands principes du Lean, avant de montrer quelles sont les conséquences de ce modèle sur les conditions de travail. Les auteurs s'attardent particulièrement sur l'idée de perte de marge de manoeuvre des salariés, comme quoi les employés qui ont toujours supporté les imprévus dans le travail n'ont plus le temps de le faire alors que ces imprévus même sont niés par un modèle qui croit pouvoir tout standardiser, tout prévoir. Le Lean, tout en soutenant reposer sur la participation des employés, tue en fait la créativité que ces derniers démontraient au quotidien.

 

 

Petit extrait audio de 4 minutes. Philippe Duport, journaliste en questions du travail, questionne Stéphane Vincent, éditeur de la revue française Santé et Travail, sur le dossier spécial consacré aux Fausses Promesses de la méthode Toyota.

9 août 2011: «On traite les patients comme dans une chaîne de production»





«Finie l'époque où les employés prenaient le temps de laver, tranquillement, les patients. Maintenant, les préposés utilisent la méthode des 3F, soit «fesses, face, fuck le reste», comme on peut le lire dans une lettre de M. Donaldson intitulée La dignité humaine en péril dans les CHSLD. »

Témoignage humain et courageux de deux préposés de Trois-Rivières qui dénoncent la routine de soins imposée dans les CHSLD de la région. Une nouvelle méthode «en vrak» commence à être implantée. Le travail est de plus en plus standardisé et les employés ont l'impression de traiter les résidents en série sans pouvoir respecter leurs besoins spécifiques. La direction prétend vouloir instaurer un milieu de vie alors que les deux préposés notent plutôt des situations irréalistes et indignes.

«À sept heures, deux préposés aux bénéficiaires à la fois, on entre dans la chambre des résidents, on les réveille, on leur lave les fesses, on les habille du bas seulement, on les assoit dans une chaise roulante en jaquette. On les met dans le corridor. Tout le monde passe au cash. Ensuite, on les amène à la salle à manger. Ceux qui ne mangent pas assez vite, un préposé s'en occupe: il en fait manger plusieurs à la fois. Imaginez un instant la scène: être obligé de manger en groupe en vêtement de nuit pour le haut, sans que la toilette du matin soit terminée»

29 mars 2012: Maisonneuve-Rosemont: situation «inhumaine» aux urgences






Article faisant part des plaintes des médecins à propos de situations qu’ils et elles qualifient d’inhumaines aux urgences de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. Le taux d’occupation des lits dépasse la capacité des hôpitaux et des occupations de 150% ne sont  pas rares. Difficile de maintenir la « dignité » dans le traitement quand tout refoule de partout. La solution exigée est l’ajout pur et simple d’une centaine de lits. L’ex-ministre Bolduc misant plutôt sur la méthode Toyota et sur la construction d’un hôpital neuf, il n’y a actuellement que trois lits supplémentaires prévus dans l’agrandissement de l’urgence.

L’ajout de postes et de lits est parfois une solution beaucoup plus simple et logique que de tenter de réorganiser sans cesse avec ce que l’on a.


24 mars 2010: Les hôpitaux ne sont pas des chaînes de montage




Article du Devoir faisant part d’une enquête menée par un professeur de sociologie de l’UQAM, Angelo Soares, qui a examiné les résultats désastreux de l’implantation du modèle Toyota dans le CSSS de Montréal Nord. Il a conclu que ce modèle industriel n’est pas pour la santé, que l’humain n’est plus le centre d’intérêt dans cette méthode de gestion. Augmentation du stress, impossibilité de communiquer avec les instances supérieures, détérioration de la qualité du travail; 65% des travailleurs et travailleuses sentent de l’injustice dans ce système. Le document d'enquête à été distribué à 1275 personnes qui travaillent dans les centres de ce CSSS, avec la collaboration de l’APTS, la FSSS-CSN et la FIQ. Une représente de l’APTS décrit la gestion oppressive du CSSS qui tente de mettre à l'écart des réunions les éléments refusant de se taire. Angelo Soares met l’emphase sur l’aspect incompatible de cette méthode au milieu de la santé.

Cette enquête est l’une des seules qui a analysé rétroactivement le sentiment et la situations des gens qui subissent Toyota en direct sur le plancher. Elle ne fait pas que s'intéresser à la quantité de soins donnés et tire une conclusion idéologique contre la gestion économiste dans le système de santé.

Les résultats de l'enquête sont disponibles ici.

dimanche 23 septembre 2012

11 janvier 2009: Stress, surmenage, la mort en silence de milliers de travailleurs japonais


Lire l'article de l'AFP



La productivité japonaise nous est vantée depuis des décennies. Seulement, elle a un revers. Le portrait du monde du travail au Japon, un monde de performances extrêmes et de souffrance, est plus que troublant. Dire qu'en appliquant la méthode Toyota nous verrons apparaître ici des milliers de morts par surtravail serait un raccourci rapide et malhonnête. Il faut se pencher sur la culture japonaise et plus particulièrement sur leur rapport au travail pour comprendre ce surmenage sans issue. Au Japon, l'individu est appelé à se sacrifier pour la collectivité. C'est en étudiant cette réalité et l'histoire du pays que l'on peut comprendre les concepts piliers de la philosophie Lean. Le Japon possède une culture et une histoire des plus riches, mais nous sommes tout à fait en droit de nous inquiéter de voir leurs méthodes et leur philosophie de travail s'implanter ici. L'usine Toyota est d'ailleurs un exemple flagrant de comment l'entreprise cherche à contrôler la totalité de la vie de l'individu. Dans Toyota, l'Usine du désespoir, écrit en 1973, l'auteur décrit la relation de dépendance entre les employés et l'entreprise. Locataires dans des buildings surveillés appartenant à l'usine, ils sacrifient une autre partie de leur salaire pour les mauvais repas servis chez Toyota et tentent d'économiser pour s'acheter la voiture de leur rêve; celle qu'ils s'épuisent à fabriquer. Le documentaire Toyota City réalisé en 2011 nous montre une réalité aujourd'hui identique, où l'usine possède et contrôle presque tous les services de la ville. «Toyota contrôle notre vie quotidienne. On nous explique comment nous conduire dans la vie, comment faire du sport, on nous traite comme des enfants. Mais on dépend tellement de Toyota que personne n'ose en dire du mal. » livre un jeune cadre.

Dans un tel contexte, la critique devient impossible, voire dangereuse. Les deux auteurs du documentaire, Léna Mauger et Stéphane Remael, n'ont pas pu filmer à l'intérieur des usines Toyota et ont eu du mal à convaincre des habitants de Toyota City de participer à leur film. « Il est très difficile de faire parler les employés de la firme, et les habitants de Toyota City en général. Ils ont peur d’être écoutés, entendus, observés par cette entreprise qui contrôle l’économie de la ville. »


Écouter le documentaire Toyota City de Léna Mauger, et Stéphane Remael sur France5.fr

Juillet 2011: La méthode «Lean», le retour du pire du travail à la chaîne




Cet article s'attarde surtout à l'implantation du Lean dans les usines en France. Les travailleurs disent faire de plus en plus de gestes répétitifs alors qu'auparavant leurs tâches étaient diversifiées. Les ergonomes du travail soutiennent qu'imposer un tel travail est mal connaître l'homme. Déjà, il risque de se blesser. Et les déplacements qu'on tente de réduire au minimum sont en fait des moments où le travailleur a quelques secondes pour dégourdir ses muscles, être en contact avec ses collègues et réfléchir aux prochaines étapes. En tentant de compresser le travail à l'extrême, on crée autant de problèmes qu'on en élimine.

«Appliquée ainsi, la méthode ne peut faire gagner de la productivité que pendant quelques mois. Ensuite, les troubles musculosquelettiques, les arrêts maladie et la démotivation gagnent les salariés. Toyota, Renault, ou encore Atos ont connu de tels ravages. »

Par rapport au Lean appliqué au service à la clientèle, les ergonomes du travail expliquent qu'en tentant de tout réduire à une liste de procédures, on étouffe la capacité des salariés à régler les problèmes au cas par cas en usant de leur propre logique.

«On empêche les salariés de faire du travail bien fait. Ils doivent suivre la procédure alors qu’ils savent que, parfois, cela va nuire à la qualité du service qu’ils vont produire pour un client. C’est une négation complète de l’identité professionnelle, qui est basée sur la capacité de l’employé à anticiper ou à résoudre les cas particuliers [...] On les empêche de se développer, de se démarquer socialement dans l’entreprise, de collaborer. Le travail, sous cette forme, rend les gens malades.»

Note: Les ergonomes du travail observent le travail dans les entreprises et proposent des changements de façon à préserver la santé des employés et améliorer l'efficacité. C'est une spécialité plus intégrée au monde du travail en France.